umaaum

UMA AUM

« En quoi est-ce du Tantra? » est un commentaire laissé sur les réseaux sociaux suite à un de mes publications qui présente mon prochain stage qui s’intitule « Shibari et Tantra ».

Une petite précision introductive mais non pas des moindres, j’ai intitulé ce stage « Tantra & Shibari ». La conjonction « &/ et » n’exprime pas que le Shibari est du Tantra. Cette conjonction exprime une combinaison de pratiques non pas une fusion du sens initial des deux termes.

Après cette brève introduction grammaticale, je tiens à préciser que mes mots ne sont pas une simple réaction impulsive défensive mais une réelle réflexion.

Revenons au commentaire/ à la réflexion.

« En quoi est-ce du Tantra? ».

Ceci m’invite à me (re)poser la question, qu’est-ce que le Tantra?

 

Le tantra en Belgique comme voie de reconnaissance de soi

 

Je n’aime pas rester sur mes certitudes. J’aime revisiter ma propre pensée aussi inconfortable cela puisse-t-il l’être parfois. Je vous invite à en faire de même.

Cela m’évoque le même questionnement en rapport à l’enseignement du yoga dont j’ai transmis ma vision et ma pratique depuis 22 ans. Car puis-je enseigner hors de ma vision? D’une façon non-biaisée? Objective? Universelle?

Yoga qu’actuellement je pratique dans un club qui possède trois studios dans ma ville (j’ai reçu un abonnement gratuit illimité d’un mois, alors j’expérimente), transmis complètement différemment, vidé de son substrat subtil, spirituel, relégué au rang de pratique corporelle voire sportive… Ce qui ne m’empêche pas d’y inclure cet aspect. Comme je peux expérimenter chaque instant de ma vie de tous les jours à un plan pragmatique ou à un plan spirituel (ou autre) en incluant/ ouvrant d’autres plans à mon expérience ou pas. Je pourrais aussi claquer la porte et dire « En quoi est-ce du yoga? ». Ceci me conforterait dans l’idée que j’ai raison ou que je sais mieux? Que je suis experte! Hoouuuu alors là ego de Umâ content!!!…

Comme l’anecdote des 6 aveugles qui ne peuvent parler que de la part de l’éléphant avec laquelle ils sont en contact. Puis je vraiment dire la totalité de l’éléphant alors que je ne perçois qu’une de ses oreilles? En disant à l’autre qui touche sa queue: « En quoi est-ce un éléphant? L’éléphant est large, plat et souple et non long et fin… ».

On pourrait aussi prendre le commentaire à l’inverse: « En quoi n’est-ce pas du Tantra? ». N’est-ce pas le propre du « divin » ou du mystique que d’être innommable, non-préhensile, indéfinissable…

Et si pratiquer le Shibari me permet de découvrir des parts de moi refoulées, inconscientes, inconnues jusque là; n’est-ce pas du Tantra?

Et si grâce au Shibari je pouvais reconnaître comment j’utilise ma puissance ou me laisse aller à ma vulnérabilité en lien avec l’autre? Si je découvrais une nouvelle habilité à sortir du mental et vivre l’expérience totalement présente, n’est-ce pas du Tantra?

 

 

 

Le tantrisme n’est-il pas une voie de (re)connaissance de soi?

De ce que j’ai compris du Tantrisme, il s’agit d’une approche non-dualiste qui infuse tous les moments de nos vies et non pas seulement les moments de pratique lors des stages ou massages ou moments formels.

Un chemin de reconnaissance de soi défini principalement comme un style de pratique spirituelle riche en techniques, embrassant le monde plutôt que le niant, embrassant tout ce qui nous compose, plutôt qu’en réprimant, tentant de supprimer certaines de nos parts, de nos impulses, de nos désirs, de nos appétences ou inappétances. En utilisant chacun.e de nos intentions / désirs, actions, émotions, ressentis, expérimentations… comme un véhicule pour explorer la conscience.

Un des apophtegmes initial de cette voie dans le contexte historique, n’était-il pas de démontrer que même lorsqu’on sort du traditionnel, cela reste divin à l’instar des préceptes hindouistes ou yogiques qui disent et définissent ce qui est bien ou mieux et ce qui est mal ou moins bien?

Et si pratiquer le Shibari permettait d’être dans l’expérience directe et immédiate de ce qui est sans passer par le mental? Et si la restriction des cordes invitait à une présence totale et donc non-duelle qui permet elle aussi de transcender l’illusion de la séparation?

La corde qui est et représente le lien entre les deux personnes intensifie le ressenti: pour la personne attachée au plus il y a de tension dans les cordes au plus, elle peut ressentir l’intention du mouvement de celle qui attache. Quand en attachant quelqu’un, je sers bien mes cordes, je peux sentir les mouvements du souffle de la personne qui est de l’autre coté de la corde. N’est-ce pas à nouveau être totalement là et en lien avec l’autre?

 

 

Quelle différence y a t’il dans l’abord d’un corps avec de l’huile au cours d’un massage tantrique (« Ça c’est du Tantra ») ou avec des cordes lors de séance de Shibari? (« Ça ce n’en est pas »)…

J’entends aussi des auto-proclamés puristes sousbressauter car « le Tantra et shibari » ce n’est pas la tradition.

Le Tantra n’est-il pas dans son approche initiale un chemin d’exploration de soi? De l’union Shiva / Shakti en dedans plutôt qu’au cours de pratiques ou par exemple les femmes sont invitées à prendre un foulard et les hommes un bâton…? Ou un bol et une épée… J’observe également des propositions de stage de Tantra où l’on demande la parité homme/ femme, est-ce que de genrer le Tantra, c’est toujours du Tantra? Cela fait-il partie de l’essence de la voie? Est-ce qu’en tant que femme, je ne pourrais pas être évidemment libre de prendre l’épée et l’homme le bol?

Que n’ai-je pas compris du tantra pour me poser la question?

Est-ce qu’au cours de pratiques majoritairement centrées sur la sensualité voire la sexualité et la rencontre avec quelqu’un à l’orientation sexuelle polarisée avec la mienne, je fais mieux du Tantra? Ou encore au cours de « Rosetta » proposé par Margot Anand il me semble, ou l’on exécute un massage de l’anus en duo là je suis dans le juste? Et pas en faisant du Shibari?

 

« Il est une transposition de la métaphysique, qui se doit d’être d’une rigueur absolue quant au fond mais d’une liberté absolue quant à la forme. Ceci est le sens profond de tradition: comme une vérité immuable qui peut, qui doit même adopter des formes très différentes selon les temps, les lieux, les personnes enseignées, faute de quoi elle stagne et se dégrade en pesant « traditionnellement ».*

 

 

 

 

« Le décodage de toutes perceptions en vibrations, cette désobjectivation du monde, est le cœur du Tantra cachemirien et se démarque radicalement de l’approche védantique. Se transposant selon nos capacités à travers les 5 sens, c’est dans l’espace du sixième sens, le ressenti, que cette énergie va trouver son lieu de révélation ».*

 

A mes yeux cette approche non-dualiste s’applique aussi complètement à celle d’une approche somatique comme peut le permettre la pratique du Shibari. Tous les chemins mènent à Rome mais il est tellement plus commode pour l’ego de se rassurer en pensant savoir, avoir raison et croire que son chemin est Le chemin.

Si les techniques yogiques, asanas, pranayamas…font partie des techniques tantriques, en quoi le nouveau chemin et rythme de respiration que je dois trouver quand je suis restreinte par les cordes, n’est pas un moyen d’expérimenter en conscience à travers ma respiration? En quoi ne serait-ce du pranayama qui invite dans certaines techniques avancées à faire des rétentions poumons pleins ou vides, à un rythme plus rapide ou plus lent?

Explorer ses polarités autres que les classiques « Ombre/ Lumière », « Masculin/ féminin”, serait-ce plus tantrique que ne le serait l’exploration de thématiques comme: « Puissance et Vulnérabilité » ou des termes malheureusement très galvaudés comme «Domination / Soumission» avec le médium des cordes?

N’explorons nous pas déjà le corps et sa sensualité dans pléthores de pratiques tantriques, n’est-ce pas là aussi le cas?

Pouvoir exprimer à l’autre son intention dans la session, conscientiser ses limites, ses peurs ne serait-ce pas du Tantra non plus?

Dès qu’un mot sort du référentiel de ces dits experts/ puristes/ représentants d’une voie/ tradition, ce n’es plus dans la tradition…

Si vous voulez contribuer à cet article et plus précisément à ce que vous définissez comme “Tantra”, je me ferai un plaisir de rajouter votre apport sur cette page avec si vous en avez un, le lien vers votre site ou votre activité professionnelle en lien avec le tantrisme, le Shibari, l’approche somatique du corps, la thérapie, l’accompagnement psycho-corporel…afin de contribuer ensemble à dessiner les contours intraçables de ce qu’est le Tantra.

 

Auteure: Umâ Aum

 

*Eric Baret – Corps de silence, Éditions Almoras.